Origine : Normandie, France.
Matière : Pierre calcaire.
Dimensions : H. 44 × L. 38 × P. 17 cm
Époque : Première moitié du XIIe siècle.
Condition : Manques visibles et érosion.
Prix : Nous consulter
REF. 303
Christ en majesté, sculpture romane. Normandie, première moitié du XIIe siècle.
Ce Christ roman en majesté en pierre calcaire est sculpté en haut-relief. Le Christ est assis de face sur un trône, le bras droit relevé dans un geste de bénédiction et tenant le Livre de la main gauche. La tête et une partie du buste ont disparu. Il porte une longue tunique recouverte d’un manteau. Les genoux, fortement arrondis et projetés en avant, présentent de larges surfaces presque dépourvues de plis. Entre eux, le manteau forme un faisceau de plis obliques profondément incisés, qui rayonnent depuis la partie supérieure de la cuisse gauche. Au-dessus des genoux, des plis plus courts traversent horizontalement le vêtement. Sous la bordure ourlée du manteau, la tunique présente des plis verticaux aux extrémités enroulées. De chaque côté du Christ subsistent des éléments du trône incurvé. Un arc conservé en bas à gauche et la naissance d’une seconde courbe suggèrent une mandorle double ou polylobée. La sculpture pourrait provenir d’un portail roman ou d’une niche de façade. Le traitement des genoux, la disposition des draperies et les comparaisons avec plusieurs sculptures normandes conduisent à proposer une réalisation dans la première moitié du XIIe siècle.
La Bible de Saint-Aubin d’Angers, réalisée dans le dernier quart du XIe siècle (Angers, bibliothèque municipale, ms. 4, fol. 208), présente une iconographie très proche de notre sculpture, pour le trône et la mandorle.
La sculpture romane normande se développe aux XIe et XIIe siècles dans le cadre des grands chantiers religieux de Bernay, Jumièges, Caen, Bayeux ou Cerisy-la-Forêt. Maylis Baylé, dans son étude Les origines et les premiers développements de la sculpture romane en Normandie (1992), a montré la coexistence de plusieurs traditions de taille, depuis les décors en faible relief jusqu’aux figures dont les volumes sont plus fortement dégagés.
Un chapiteau provenant de la cathédrale romane de Bayeux (vers 1060), représentant Dieu en majesté entouré de deux séraphins, constitue un premier jalon normand. Il montre le Dieu bénissant inscrit dans une mandorle double. Le Christ en majesté découvert en 2013 dans une maçonnerie de l’archevêché de Rouen et daté des XIe–XIIe offre une comparaison pour le modelé puissant des genoux et les surfaces larges et lisses de notre relief.
L’église Notre-Dame-du-Grand-Vivier de Torigni-sur-Vire, commune où notre sculpture était conservée dans une propriété privée, conserve en remploi trois reliefs romans : un cavalier victorieux, une Vierge à l’Enfant et un Christ en majesté. La Vierge à l’Enfant, également du XIIe siècle, présente des genoux arrondis et des plis de robe qui peuvent être rapprochés de notre sculpture. Ces caractères, confrontés au corpus normand de la fin du XIe et de la première moitié du XIIe siècle, conduisent à privilégier une réalisation dans les premières décennies du XIIe siècle. Une origine normande, probablement dans la partie occidentale du duché, constitue l’hypothèse retenue.
Dossier complet et étude sur demande.
Ouvrages consultés :
· Maylis Baylé, Les origines et les premiers développements de la sculpture romane en Normandie, Caen, Art de Basse-Normandie, n° 100 bis, 1992.
· Maylis Baylé, Aspects de la sculpture normande autour de 1100 : à propos de Graville-Sainte-Honorine, Annales de Normandie, 29, 1979, pages 157 à 178.
· Maylis Baylé, Chapiteaux provenant de la cathédrale de Bayeux, Bulletin de la Société nationale des Antiquaires de France, année 1977, publié en 1980, pages 45 à 50.
· Louis Grodecki, Les débuts de la sculpture romane en Normandie. Bernay, Bulletin monumental, tome 108, 1950, pages 7 à 67.
· Dominique Pitte, Un Christ en majesté découvert à l’archevêché de Rouen, Patrimoine Normand, n° 88, 2014.
· Jean Fournée, À propos d’une sculpture romane de l’église Notre-Dame de Torigni-sur-Vire ayant pour thème le cavalier victorieux, Cahiers Léopold Delisle, 1975, n° 2, pages 23 à 35.
· Julien Deshayes, Église Notre-Dame, Orglandes, Pays d’art et d’histoire du Clos du Cotentin, dossier patrimonial.
· Marcello Angheben, Le portail royal du Mans et l’évolution de la première sculpture gothique entre les façades de Dijon et de Chartres, Cahiers de civilisation médiévale, tome 60, 2017, pages 27 à 58.
Étude approfondie de l'œuvre
| Sujet : | Christ en majesté en haut-relief |
|---|---|
| Matériau : | pierre calcaire |
| Dimensions : | hauteur 44 cm ; largeur 38 cm ; profondeur 17 cm |
| Origine : | France, Normandie |
| Datation : | première moitié du XIIe siècle |
| Provenance : | propriété privée normande, Torigni-sur-Vire (Manche) |
| Condition : | manques et érosion |
| Référence : | 303 |
Description
Ce fragment de haut-relief en pierre calcaire représente le Christ en majesté, assis de face sur un trône, le bras droit relevé dans un geste de bénédiction et tenant le Livre de la main gauche. Malgré la disparition de la tête et d'une partie du buste, la composition conserve une forte présence et une grande lisibilité, accentuées par la saillie des genoux et la profondeur du relief.
Le Christ porte une longue tunique recouverte d'un manteau dont les plis s'organisent autour des jambes. Les genoux, puissamment arrondis et projetés en avant, sont traités en larges surfaces relativement lisses. Entre eux, l'étoffe se tend en un faisceau de plis obliques, profondément incisés, qui rayonnent depuis la partie supérieure de la cuisse gauche. D'autres plis, plus courts et presque horizontaux, traversent le vêtement au-dessus des genoux. Le manteau s'achève par une bordure ourlée, sous laquelle apparaît la tunique, animée de plis verticaux aux extrémités enroulées.
Le trône demeure partiellement visible de chaque côté du Christ. Ce type de siège aux formes incurvées trouve des précédents dans l'iconographie de la fin du XIe siècle, notamment dans la Bible de Saint-Aubin d'Angers, vers 1075-1100 (Angers, bibliothèque municipale, ms. 4, fol. 208).
Le Christ est inscrit dans une mandorle, dont un arc subsiste en bas à gauche. La naissance d'un second arc suggère une mandorle double ou une gloire polylobée, formules iconographiques également attestées à la fin du XIe et au début du XIIe siècle.
La sculpture est aujourd'hui lacunaire. Sa partie supérieure a été brisée et aplanie, entraînant la disparition de la tête et d'une partie de la composition originelle. Le sommet du bloc présente une surface retaillée à la pointe, témoignant d'une intervention secondaire vraisemblablement destinée à faciliter son remploi dans une maçonnerie. Les surfaces sculptées présentent une érosion ancienne, plus prononcée dans les parties supérieures et sur les volumes les plus exposés. Les draperies, les jambes et les éléments du trône conservent néanmoins une lisibilité remarquable.
Ce haut-relief pourrait provenir d'un portail roman, éventuellement d'un tympan. D'autres destinations sont néanmoins envisageables. À Saint-Sauveur-de-Pierrepont, un Christ en majesté était conservé dans une niche de l'ancienne église. À Saint-Benoît-sur-Loire, Dom Jean-Marie Berland a proposé de reconnaître, dans un fragment conservant la partie inférieure d'un Christ en majesté, un élément de devant d'autel roman.
État de conservation
Outre les manques importants affectant la tête, une partie du buste et la majeure partie de la mandorle, on relève des lacunes au niveau des doigts du Christ et du Livre.
La surface présente une érosion ancienne, particulièrement marquée sur les parties saillantes. Le sommet du bloc a fait l'objet d'une retaille à la pointe, probablement à l'occasion d'un remploi architectural.
Contexte géographique et stylistique
L'œuvre s'inscrit dans le contexte de la sculpture romane normande, dont le développement accompagne les grands chantiers religieux entrepris sous les ducs de Normandie au cours des XIe et XIIe siècles. Les abbayes de Bernay, Jumièges, Caen ou Cerisy-la-Forêt témoignent de l'activité des ateliers régionaux et de la diversité de leurs traditions sculpturales.
Dans son étude fondamentale Les origines et les premiers développements de la sculpture romane en Normandie (1992), Maylis Baylé distingue notamment deux tendances : une sculpture de surface, au décor essentiellement linéaire et géométrique, souvent proche de l'enluminure, et une sculpture en relief plus accusé, où les volumes sont davantage dégagés. Ces traditions coexistent au cours du XIe siècle et se prolongent, avec des évolutions diverses, dans les premières décennies du XIIe siècle.
Notre Christ présente une combinaison de ces deux conceptions. La figure est construite autour des genoux puissamment projetés en avant, dont les volumes arrondis contrastent avec le dessin linéaire des vêtements. Les plis rayonnants du manteau, profondément incisés, organisent l'étoffe en faisceaux obliques, tandis que la tunique inférieure conserve des plis verticaux relativement rigides, terminés par de petits enroulements. La sculpture était ainsi organisée en trois registres, la tête, le torse et le corps. La mandorle disparue devait souligner cet arrangement.
Les sculptures figurées conservées dans les édifices normands de la fin du XIe et du début du XIIe siècle, notamment à Caen, Bayeux et dans les anciens établissements religieux du Bessin, témoignent de la persistance de formes schématiques et de conventions héritées de la sculpture du siècle précédent.
La première moitié du XIIe siècle paraît ainsi constituer un horizon chronologique cohérent, sans qu'il soit encore possible d'identifier un atelier précis. La saillie des genoux, les plis obliques du manteau et les plis verticaux de la tunique conduisent à privilégier cette période plutôt que la seconde moitié du siècle.
Contexte iconographique : mandorle et siège
L'iconographie du Christ en majesté s'inscrit dans une tradition ancienne, issue notamment de l'art carolingien et ottonien. Le Christ y apparaît souverain de l'univers, assis sur un trône ou sur un arc figurant symboliquement le ciel, entouré d'une gloire qui manifeste sa nature divine.
Cette gloire ne prend pas toujours la forme d'une mandorle ovale. Les représentations médiévales connaissent également des mandorles doubles, formées de deux courbes ou de deux cercles superposés, ainsi que des contours polylobés. La distinction entre la gloire et le siège peut parfois devenir difficile à établir, certaines compositions associant plusieurs arcs concentriques ou entrecroisés.
La Bible de Saint-Aubin d'Angers, réalisée dans le dernier quart du XIe siècle (Angers, bibliothèque municipale, ms. 4, fol. 208), offre un exemple particulièrement intéressant de cette tradition. Le Christ en majesté y prend place dans une composition associant le trône en arc et la mandorle quadrilobée.
Un second rapprochement est fourni par le célèbre linteau de Saint-Génis-des-Fontaines, daté par son inscription de 1019-1020. Le Christ y apparaît au centre d'une mandorle double, dont la courbure intérieure participe à la représentation de son siège. Cette disposition est attestée dans la sculpture architecturale dès le début du XIe siècle, même si le linteau, sculpté en faible relief, diffère sensiblement de notre œuvre.
Le relief de Saint-Denis provenant de la chapelle Saint-Firmin, décrit par l'Institut national d'histoire de l'art comme un Christ assis dans une mandorle quadrilobée, témoigne également de la diversité des encadrements réservés aux représentations du Christ en majesté.
Sur notre sculpture, les vestiges d'un arc conservés dans la partie inférieure gauche et la naissance d'une seconde courbe suggèrent une mandorle double ou polylobée. Le trône, dont subsistent des éléments latéraux incurvés, est distinct de cet encadrement. Cette disposition est très proche du folio d'Angers.
L'ancienneté de ces formules ne constitue pas, à elle seule, un argument de datation. Leur présence demeure néanmoins cohérente avec une réalisation dans la première moitié du XIIe siècle.
Le contexte de Torigni-sur-Vire
La provenance de l'œuvre d'une ancienne propriété privée de Torigni-sur-Vire, dans la Manche, constitue un élément intéressant pour son étude géographique.
L'église Notre-Dame-du-Grand-Vivier, dans cette même localité, conserve plusieurs témoins de la sculpture romane, dont trois reliefs figurés : un cavalier victorieux, traditionnellement interprété comme une représentation de Constantin, une Vierge à l'Enfant et un Christ en majesté. Ces œuvres, aujourd'hui conservées en remploi, témoignent de l'existence d'un décor sculpté roman dans cette localité.
Le Christ en majesté de Notre-Dame-du-Grand-Vivier présente un intérêt particulier pour notre étude. Sculpté en calcaire, il représente également le Christ inscrit dans une mandorle. Il est actuellement encastré dans le mur extérieur sud de la nef. La notice Palissy du ministère de la Culture le date du dernier quart du XIIe siècle, soit une période plus tardive que celle proposée pour notre relief.
Ce rapprochement doit donc être considéré avant tout comme iconographique et géographique, et non comme la preuve d'une origine commune ou d'une parenté d'atelier. Il atteste cependant la présence de cette iconographie dans la sculpture architecturale romane de la région où notre fragment était conservé.
Il serait toutefois prématuré de rattacher ce fragment à Notre-Dame-du-Grand-Vivier ou à un édifice particulier de Torigni-sur-Vire. Sa provenance ancienne demeure inconnue, et sa conservation dans une propriété locale ne suffit pas à établir son lieu de création.
L'ensemble de ces observations conduit néanmoins à retenir une origine normande comme hypothèse privilégiée. Le traitement des volumes et des draperies, associé à une formule iconographique héritée des traditions antérieures, s'accorde avec une réalisation dans la première moitié du XIIe siècle, probablement dans le contexte des ateliers actifs en Normandie occidentale au cours des premières décennies du siècle.
Corpus de comparaison et datation
Plusieurs représentations du Christ en majesté conservées en Normandie permettent de comparer la composition et le traitement des vêtements. D'autres ensembles, notamment à Chartres et au Mans, présentent des plis comparables, mais appartiennent à une période généralement plus tardive.
Bayeux, chapiteau du Dieu en majesté
Le chapiteau du Dieu en majesté provenant de la cathédrale romane de Bayeux, étudié par Maylis Baylé et datable entre les années 1050 et 1080, constitue l'un des premiers jalons. Le personnage bénissant est inscrit dans une double gloire, entouré de deux séraphins. Le vêtement présente des plis serrés, qui se prolongent sur les jambes. Notre Christ se distingue par des genoux beaucoup plus saillants et presque dépourvus de plis. Le chapiteau de Bayeux atteste néanmoins la présence d'une mandorle double dans la sculpture normande dès la seconde moitié du XIe siècle.
Rouen, Christ en majesté de l'archevêché
Le Christ en majesté découvert en 2013 dans une maçonnerie de l'archevêché de Rouen constitue une autre référence. Sculpté en pierre de Caen et daté des XIe-XIIe siècles, il pourrait provenir de l'ancienne cathédrale romane. Son visage a été mutilé et la figure était vraisemblablement complétée par d'autres blocs. Les plis obliques du vêtement traversent de grandes surfaces peu détaillées. On retrouve sur notre relief cette alternance entre des parties relativement lisses et des plis profondément incisés, ainsi que le volume arrondi des genoux. Les deux sculptures diffèrent cependant dans les proportions du corps et la disposition des étoffes. Leur remploi dans des maçonneries postérieures constitue un autre point commun.
Saint-Sauveur-de-Pierrepont
Dans la Manche, le Christ en majesté de Saint-Sauveur-de-Pierrepont offre une comparaison plus précise pour les jambes et les draperies. Le personnage est assis dans une mandorle, bénissant de la droite et présentant le Livre de la gauche. Les genoux sont arrondis, avec de larges surfaces relativement lisses. Le manteau se déploie en plis obliques, moins resserrés entre les jambes que sur notre sculpture. La datation du relief demeure toutefois discutée, XIIe siècle ou postérieur. Il convient donc de le retenir comme simple comparaison stylistique sans en faire un jalon chronologique.
Notre-Dame de Savigny
Le Christ en majesté de Notre-Dame de Savigny, également dans la Manche, présente le Christ trônant, bénissant et tenant une croix à longue hampe. Les plis du vêtement sont disposés en courbes parallèles autour des jambes. Ils sont plus réguliers et le relief moins saillant que sur notre Christ. Ce Christ est daté du XIIe siècle.
Notre-Dame d'Orglandes
Le tympan de Notre-Dame d'Orglandes représente le Christ assis dans une mandorle, entouré du Tétramorphe, bénissant et tenant le Livre. Julien Deshayes propose pour cette sculpture une date non antérieure aux années 1150-1160. Les genoux sont moins saillants que ceux de notre relief, tandis que les plis du manteau sont répartis sur une plus grande partie des jambes. Orglandes fournit surtout un exemple de cette iconographie dans un portail roman normand de la seconde moitié du XIIe siècle.
Torigni-sur-Vire, Notre-Dame-du-Grand-Vivier
Deux autres représentations sont conservées à Notre-Dame-du-Grand-Vivier de Torigni-sur-Vire : le Christ en majesté et la Vierge à l'Enfant. Le premier, inscrit dans une mandorle, est daté du dernier quart du XIIe siècle par la notice Palissy. Son état d'érosion limite l'examen des vêtements. Sur la Vierge, les genoux arrondis et certains plis de la partie inférieure de la robe peuvent être comparés à ceux de notre relief, malgré l'usure de la pierre. Ces deux œuvres présentent un intérêt particulier en raison de leur localisation à Torigni-sur-Vire, sans qu'une origine commune puisse être établie.
Chartres, Portail royal
Au-delà de la Normandie, le Christ en majesté du tympan central du Portail royal de Chartres, vers 1145-1155, présente un manteau disposé en plis horizontaux et obliques autour des jambes. Sous son bord inférieur apparaissent les plis verticaux de la tunique. Sur notre sculpture, cette superposition des vêtements est comparable, mais les genoux restent plus dégagés et les plis sont davantage concentrés entre les cuisses.
Le Mans, portail sud de la cathédrale Saint-Julien
Le portail sud de la cathédrale Saint-Julien du Mans présente également des draperies dont les plis se groupent en faisceaux obliques. Le rapprochement concerne principalement leur disposition et leur profondeur. La chronologie du portail, généralement située vers le milieu du XIIe siècle, a fait l'objet de discussions. Comme à Chartres, les similitudes n'impliquent pas une influence directe sur notre Christ, probablement antérieur. Elles permettent cependant de rapprocher certains caractères de ses draperies de ceux que l'on rencontre dans les ateliers des régions voisines.
Proposition de datation
Le trait le plus particulier de notre sculpture demeure le traitement des genoux. Larges, arrondis et presque dépourvus de plis, ils encadrent un faisceau d'incisions obliques qui descendent vers le bord du manteau. Sous celui-ci, la tunique forme des plis verticaux terminés par de petits enroulements. L'érosion a pu atténuer certaines incisions sur les surfaces les plus exposées, mais la disposition des étoffes reste suffisamment conservée pour être étudiée.
Le corpus normand permet de situer cette sculpture dans la continuité des œuvres de la seconde moitié du XIe siècle, tout en constatant des différences dans la saillie des figures et la taille des draperies. Le traitement des genoux et l'organisation du manteau paraissent compatibles avec une réalisation dans les premières décennies du XIIe siècle. Les comparaisons avec Chartres et Le Mans montrent que certains caractères du vêtement se retrouvent également dans la sculpture des régions voisines, à une date généralement plus tardive.
Nous retenons ainsi une attribution à la Normandie et une datation dans la première moitié du XIIe siècle, sans proposer d'atelier précis. La provenance de Torigni-sur-Vire invite à privilégier la Normandie occidentale.
Références bibliographiques
- • BAYLÉ, Maylis, Les origines et les premiers développements de la sculpture romane en Normandie, Caen, Art de Basse-Normandie, n° 100 bis, 1992.
- • BAYLÉ, Maylis, « Aspects de la sculpture normande autour de 1100 : à propos de Graville-Sainte-Honorine », Annales de Normandie, t. 29, n° 2, 1979, p. 157-178.
- • BAYLÉ, Maylis, « Chapiteaux provenant de la cathédrale de Bayeux », Bulletin de la Société nationale des Antiquaires de France, année 1977, publié en 1980, p. 45-50.
- • BAYLÉ, Maylis, « Le chapiteau de l'Adoration des Mages à Saint-Paul de Rouen », Bulletin de la Société nationale des Antiquaires de France, année 1992, publié en 1994, p. 108-115.
- • GRODECKI, Louis, « Les débuts de la sculpture romane en Normandie. Bernay », Bulletin monumental, t. 108, 1950, p. 7-67.
- • PITTE, Dominique, « Un Christ en majesté découvert à l'archevêché de Rouen », Patrimoine Normand, n° 88, janvier 2014.
- • FOURNÉE, Jean, « À propos d'une sculpture romane de l'église Notre-Dame de Torigni-sur-Vire ayant pour thème le cavalier victorieux », Cahiers Léopold Delisle, 1975, n° 2, p. 23-35.
- • BERLAND, Dom Jean-Marie, « Éléments de chancels et des vestiges d'un Christ en majesté découverts à Saint-Benoît-sur-Loire », Bulletin de la Société nationale des Antiquaires de France, année 1962, publié en 1964, p. 116-118.
- • DESHAYES, Julien, Église Notre-Dame, Orglandes, Pays d'art et d'histoire du Clos du Cotentin, dossier patrimonial, s. d.
- • KLEIN, Peter, « Les portails de Saint-Génis-des-Fontaines et de Saint-André de Sorède », Les Cahiers de Saint-Michel de Cuxa, n° 20, 1989, p. 121-159.
- • ANGHEBEN, Marcello, « Le portail royal du Mans et l'évolution de la première sculpture gothique entre les façades de Dijon et de Chartres », Cahiers de civilisation médiévale, t. 60, n° 237, 2017, p. 27-58.
- • BERNÉ, Damien et PLAGNIEUX, Philippe (dir.), Naissance de la sculpture gothique. Saint-Denis, Paris, Chartres, 1135-1150, Paris, Réunion des musées nationaux-Grand Palais, 2018.