Origine : Normandie, région de Caen ou Bessin, France.

Matière : Pierre calcaire.

Dimensions : Hauteur 33 cm, largeur 27 cm

Époque : Fin du XIe siècle.

Condition : Usures et petits manques.

Prix : 9 000€

REF. 301

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Chapiteau historié, la Pêche Miraculeuse. Normandie 11eme siècle.

Ce chapiteau en pierre calcaire présente une corbeille organisée en deux registres. Une large frise de rubans spiralés occupe la partie haute, et une scène à quatre personnages se développe dans la partie basse. Les quatre hommes, arc-boutés, participent à une même action : penchés vers l’extérieur, par-dessus le bord de leur embarcation, ils semblent hisser avec effort un filet qui court au bas de la corbeille. Le plat-bord de l’embarcation est bien marqué, avec au-dessous deux autres lignes qui semblent symboliser une construction à clin. Ce type de construction se retrouve par ailleurs dans la tapisserie de Bayeux. Le bas de la corbeille est couvert de hachures serrées, qui peuvent figurer les mailles du filet. Malgré le caractère primitif de la sculpture, il semble ainsi possible de reconnaître dans cette scène une représentation du récit évangélique de la Pêche miraculeuse. Deux épisodes évangéliques peuvent servir de référence : la pêche sur le lac de Génésareth, associée à l’appel des premiers disciples dans l’Évangile selon saint Luc (Luc 5, 1-11), et celle qui suit la Résurrection, au bord du lac de Tibériade, dans l’Évangile selon saint Jean (Jean 21, 1-14).

Les visages sont allongés et peu modelés. Ils s’organisent autour d’un nez droit et saillant, de section presque rectangulaire. Les yeux globuleux sont simplement incisés sous une arcade sourcilière nettement marquée. Une courte ligne horizontale indique la bouche, et quelques stries parallèles ordonnent la chevelure au-dessus du front. Malgré une usure inégale, ce schéma se répète d’une figure à l’autre. Les corps sont traités avec la même économie. Les bras décrivent de larges courbes et les coudes s’écartent du buste. L’effort se lit dans l’inflexion des épaules et l’ampleur des gestes plutôt que dans le modelé. Ce chapiteau s’inscrit dans la sculpture de la Normandie ducale de la seconde moitié du XIe siècle, dominée par les grands chantiers de Caen. La Trinité, fondée vers 1059 par Guillaume le Conquérant et Mathilde, et Saint-Étienne en sont les pôles, à côté de la cathédrale de Bayeux. La sculpture y est avant tout un art du chapiteau. L’attribution à la Normandie repose sur la convergence de plusieurs caractères : la construction géométrique des visages, l’importance de l’incision, le traitement des corps par grandes surfaces et l’association du décor figuré à un ornement rubané. Ces caractères trouvent des rapprochements particulièrement convaincants dans la sculpture de la région caennaise et du Bessin au cours de la seconde moitié du XIe siècle. Les ensembles de Sainte-Paix et de la Trinité de Caen offrent des parallèles intéressants. Les recherches de Maylis Baylé ont mis en évidence un style local fondé sur la simplification des formes et sur une organisation géométrique du décor, appelé à se diffuser ensuite dans le monde anglo-normand. Ce chapiteau trouve ses parallèles les plus étroits dans les reliefs de la chapelle Sainte-Paix de Caen (Christ bénissant et homme frappant un quadrupède, musée de Normandie, années 1060-1080) et dans le chapiteau figuré de Saint-Sulpice de Secqueville-en-Bessin (vers 1100). Le corpus s’étend au chapiteau historié de la crypte de la Trinité de Caen (après 1090), aux masques sculptés de Saint-Jean-d’Abbetot (fin du XIe siècle) et aux chapiteaux de Graville-Sainte-Honorine (dernière décennie du XIe siècle).
Dossier complet et étude sur demande.
Ouvrages consultés :
· Maylis Baylé, Les chapiteaux de la chapelle Sainte-Paix à Caen, Bulletin monumental, tome 132, no 4, 1974, p. 261-272
· Maylis Baylé, Aspects de la sculpture normande autour de 1100 : à propos de Graville-Sainte-Honorine, Annales de Normandie, 29e année, no 2, 1979, p. 157-178
· Anastasiya Chevalier-Shmauhanets, Entrelacs normands : marqueurs d’un espace sacré dans les églises rurales du diocèse de Rouen (XIe-XIIe siècle), Bulletin du centre d’études médiévales d’Auxerre - BUCEMA, hors-série no 13, 2023
· Musée du Louvre, notice du fragment de tailloir décoré de rinceaux provenant de l’abbaye Sainte-Geneviève, inventaire RF 488.


Chapiteau historié — La Pêche miraculeuse Réf. 301
Sujet :Chapiteau historié, la Pêche miraculeuse
Matériau :pierre calcaire
Dimensions :hauteur 33 cm ; largeur 27 cm
Origine :Normandie, région de Caen ou Bessin, France
Datation :fin du XIe siècle, vers 1080-1090
Provenance :collection privée française
Condition :petits manques et érosion
Référence :301

Ce chapiteau en pierre calcaire présente une corbeille organisée en deux registres. Une large frise de rubans spiralés occupe la partie haute, et une scène à quatre personnages se développe dans la partie basse.

À sa base, la corbeille dépourvue d'astragale conserve un volume arrondi qui s'élargit progressivement jusqu'au plan carré du tailloir. Les personnages, placés aux angles, accompagnent ce passage du cercle au carré. Leurs têtes font saillie sous les angles du tailloir, et leurs épaules et leurs bras se déploient sur les deux faces voisines. Entre eux, des chevrons profondément incisés rappellent le schéma des chapiteaux cubiques.

La scène se découvre en tournant autour du chapiteau. Les quatre hommes, arc-boutés, participent à une même action : penchés vers l'extérieur, par-dessus le bord de leur embarcation, ils semblent hisser avec effort un filet qui court au bas de la corbeille.

Les visages sont allongés et peu modelés. Ils s'organisent autour d'un nez droit et saillant, de section presque rectangulaire. Les yeux globuleux sont simplement incisés sous une arcade sourcilière nettement marquée. Une courte ligne horizontale indique la bouche, et quelques stries parallèles ordonnent la chevelure au-dessus du front. Malgré une usure inégale, ce schéma se répète d'une figure à l'autre.

Les corps sont traités avec la même économie. Les bras décrivent de larges courbes et les coudes s'écartent du buste. L'effort se lit dans l'inflexion des épaules et l'ampleur des gestes plutôt que dans le modelé.

Le plat-bord de l'embarcation est bien marqué, avec au-dessous deux autres lignes qui semblent symboliser une construction à clin. Ce type de construction se retrouve par ailleurs dans la tapisserie de Bayeux. Le bas de la corbeille est couvert de hachures serrées, qui peuvent figurer les mailles du filet. Malgré le caractère sommaire de la sculpture, il semble ainsi possible de reconnaître dans cette scène une représentation du récit évangélique de la Pêche miraculeuse.

Deux épisodes évangéliques peuvent servir de référence : la pêche sur le lac de Génésareth, associée à l'appel des premiers disciples dans l'Évangile selon saint Luc (Luc 5, 1-11), et celle qui suit la Résurrection, au bord du lac de Tibériade, dans l'Évangile selon saint Jean (Jean 21, 1-14). Dans les deux récits, une pêche d'abord infructueuse devient abondante à la parole du Christ.

Des stries de taille restent visibles sur le tailloir, sur la frise rubanée, dans les fonds et sur plusieurs parties du registre inférieur. Il convient de distinguer ce layage, présent sur l'ensemble de la pièce, des hachures plus profondes et plus serrées du bas de la corbeille, qui seules paraissent répondre à une intention figurative.


Le chapiteau présente des usures de surface, des épaufrures et des éclats affectant principalement les arêtes et certaines parties saillantes. Les visages sont inégalement conservés : plusieurs gardent un dessin très lisible des yeux, du nez et de la bouche, tandis que d'autres ont perdu une partie de leur relief. On note principalement une ébréchure au tailloir et un manque au bras d'un des personnages.


Ce chapiteau s'inscrit dans la sculpture de la Normandie ducale de la seconde moitié du XIe siècle, dominée par les grands chantiers de Caen. La Trinité, fondée vers 1059 par Guillaume le Conquérant et Mathilde, et Saint-Étienne en sont les pôles, à côté de la cathédrale de Bayeux. La sculpture y est avant tout un art du chapiteau.

L'attribution à la Normandie repose sur la convergence de plusieurs caractères : la construction géométrique des visages, l'importance de l'incision, le traitement des corps par grandes surfaces et l'association du décor figuré à un ornement rubané.

Ces caractères trouvent des rapprochements particulièrement convaincants dans la sculpture de la région caennaise et du Bessin au cours de la seconde moitié du XIe siècle. Les ensembles de Sainte-Paix et de la Trinité de Caen offrent des parallèles intéressants. Les recherches de Maylis Baylé ont mis en évidence un style local fondé sur la simplification des formes et sur une organisation géométrique du décor, appelé à se diffuser ensuite dans le monde anglo-normand.

Ce style comprend des reliefs peu profonds et un traitement relativement plan des corps.

Le motif supérieur appartient au répertoire du rinceau rubané géométrisé. Son mouvement conserve quelque chose de végétal, mais sa géométrie l'éloigne de toute description naturaliste.

Les chevrons incisés entre les figures rattachent en outre la pièce aux recherches anglo-normandes sur la forme du chapiteau. Chaque face y reçoit un écusson triangulaire, transposition graphique du chapiteau cubique à facettes. Ce type est attesté en Angleterre dès les années 1080, à la chapelle Saint-Jean de la Tour de Londres vers 1080 et dans la crypte de Lastingham avant 1088, alors qu'il ne commence à se répandre en Normandie que vers 1090. Sa présence suggère un emprunt direct au milieu anglo-normand. Elle rejoint les affinités insulaires que Maylis Baylé, à la suite de Louis Grodecki, relevait déjà dans les reliefs de Sainte-Paix.

La localisation dans la région de Caen ou le Bessin tient surtout aux affinités des visages avec les sculptures de Sainte-Paix et de Secqueville-en-Bessin.


Caen, chapelle Sainte-Paix : reliefs figurés

Les reliefs provenant de Sainte-Paix fournissent les rapprochements les plus sensibles pour le traitement de la figure humaine. Le Christ bénissant présente une tête allongée, un nez droit très affirmé et des traits indiqués avec peu de modelé. Le relief de l'homme frappant un quadrupède offre également une manière comparable d'organiser le corps et les membres en larges surfaces découpées.

Sur le chapiteau étudié, les visages reprennent cette articulation entre un volume facial simple et quelques incisions déterminantes. La parenté concerne aussi les bras, dont la courbure suffit à exprimer l'action. Elle permet de situer l'œuvre dans l'environnement des recherches figuratives caennaises du XIe siècle.

Secqueville-en-Bessin, église Saint-Sulpice : chapiteau figuré

Le chapiteau de Secqueville constitue un point de comparaison particulièrement important pour la localisation proposée. La figure y présente un visage étroit, dominé par un long nez, avec des yeux et une bouche réduite à une simple ligne comme sur notre sculpture. Le corps, sommairement modelé, s'intègre étroitement à la structure du support.

Le rapprochement porte sur cette façon de construire la présence humaine avec un nombre limité de moyens. Les pêcheurs du chapiteau étudié possèdent une même gravité, née de la frontalité des têtes et de la fermeté du dessin. Baylé range Secqueville parmi les édifices « voisins de 1100 » : ce type de visage allongé se maintient donc dans le Bessin jusqu'au tournant du siècle.

Caen, abbaye de la Trinité : chapiteau figuré de la crypte

Le chapiteau figuré de la crypte de la Trinité offre un parallèle pour l'adaptation des personnages au volume architectural. Les figures s'inscrivent sur les faces de la corbeille, leurs gestes étant rendus par des membres fortement simplifiés et par des creux qui en détachent les contours.

Les différences de proportions et d'expression laissent reconnaître des mains distinctes. Baylé rattache la crypte à un remaniement postérieur à 1090. Les visages y deviennent ronds et globuleux, les bouches s'ouvrent, et les figures occupent les intervalles laissés libres par des volutes conservées. Sur le chapiteau étudié, les visages restent allongés et les figures prennent la place des angles : la crypte illustre une phase plus avancée de la même recherche.

Saint-Jean-d'Abbetot, La Cerlangue : masques sculptés

Les masques de Saint-Jean-d'Abbetot élargissent le corpus plus à l'est. On y retrouve une construction du visage dominée par l'axe du nez, la sobriété des yeux incisés et une faible modulation des joues.

Ce rapprochement montre l'extension régionale d'un vocabulaire dont les exemples caennais et du Bessin offrent, pour le présent chapiteau, les correspondances les plus étroites. L'église appartient à la fin du XIe siècle ; les volutes larges de son chœur, que Baylé rapproche de celles de la crypte de la Trinité, relèvent cependant d'une typologie plus avancée que celle de la frise étudiée.

Graville-Sainte-Honorine : décor sculpté

Graville fournit un cadre comparatif pour la coexistence de figures en relief méplat et d'un décor fortement géométrisé autour de 1100. L'étude de cet ensemble doit tenir compte des restaurations du XIXe siècle ; les dessins anciens examinés par Maylis Baylé permettent cependant d'en restituer plusieurs dispositions médiévales.

L'intérêt du rapprochement réside dans cette liberté d'association entre récit figuré et ornement, ainsi que dans le maintien de formes humaines très simplifiées au sein d'une sculpture pourtant inventive.

Les chapiteaux des piles nord de la nef inscrivent en outre des demi-sphères gravées dans un plan cubique, à la place des volutes d'angle. Baylé y voit des « tâtonnements entre la formule courante du chapiteau à collerette et celle de l'épannelage cubique » ; les chevrons incisés du chapiteau étudié procèdent d'une même transposition graphique. Elle date la nef de la dernière décennie du XIe siècle, et les chapiteaux des absidioles disparues, encore liés à l'atelier de la Trinité, vers 1080-1090.

Abbaye Saint-Wandrille, chapelle Saint-Saturnin : imposte

Ce fragment d'imposte présente des entrelacs en rubans plats, avec des volutes proches de la frise du registre supérieur de notre chapiteau. Daté de la première moitié du XIe siècle, il constitue un prototype de notre frise.

Attribution et datation

L'ensemble de ces rapprochements conduit à retenir une origine normande, dans la région de Caen ou le Bessin, à la fin du XIe siècle. Les correspondances avec Sainte-Paix et Secqueville concernent des éléments précis de la sculpture : le dessin des visages, la forme du nez, le traitement incisé des yeux et la construction des membres. La Trinité de Caen permet de replacer ces caractères dans le développement de la sculpture architecturale régionale.

La datation repose sur la place de l'œuvre entre ces jalons. Les visages allongés et la frise rubanée encore très dépouillée la rattachent au milieu de Sainte-Paix, des années 1060-1080. Elle ignore en revanche les têtes rondes et les grandes volutes plates de la crypte de la Trinité et de Saint-Jean-d'Abbetot, postérieures à 1090. L'écusson cubique, attesté en Angleterre vers 1080-1088, en fixe la date la plus haute. Une datation vers 1080-1090 paraît donc la plus vraisemblable.

Ce chapiteau peut ainsi être situé parmi les témoignages de la sculpture figurée normande des dernières décennies du XIe siècle, dans le contexte artistique anglo-normand.


  • • Maylis Baylé, « Les chapiteaux de la chapelle Sainte-Paix à Caen », Bulletin monumental, tome 132, no 4, 1974, p. 261-272.
  • • Maylis Baylé, « Aspects de la sculpture normande autour de 1100 : à propos de Graville-Sainte-Honorine », Annales de Normandie, 29e année, no 2, 1979, p. 157-178.
  • • Anastasiya Chevalier-Shmauhanets, « Entrelacs normands : marqueurs d'un espace sacré dans les églises rurales du diocèse de Rouen (XIe-XIIe siècle) ? État de la question », Bulletin du centre d'études médiévales d'Auxerre — BUCEMA, hors-série no 13, 2023.
  • • Musée du Louvre, notice du fragment de tailloir décoré de rinceaux provenant de l'abbaye Sainte-Geneviève, inventaire RF 488.
  • • Sources iconographiques : Évangile selon saint Luc, 5, 1-11 ; Évangile selon saint Jean, 21, 1-14.
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