Origine : Aragon, Espagne.

Matière : Bois polychrome.

Dimensions : Huateur 104 cm

Époque : Vers 1300.

Condition : Reprises et manques à la polychromie

Prix : Nous consulter

REF. 292

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Vierge en majesté Gothique. Aragon vers 1300.

Muséale et importante Vierge à l’Enfant en bois sculpté et polychromé, conservant d’importants vestiges de polychromie médiévale. Cette sculpture s’inscrit dans une grande famille de Vierges à l’Enfant assises, désignée comme le type « basco-navarro-riojan » et diffusée en Aragon vers 1300. Marie est représentée assise de face sur un trône richement décoré, dans une attitude solennelle et hiératique. La Vierge porte une haute couronne fleuronnée, dont la silhouette contribue à monumentaliser la figure. Un voile rouge encadre le visage et descend sur les épaules. La tunique bleue, ornée de motifs dorés, apparaît sous un ample manteau dont les plis retombent sur les genoux. L’Enfant est assis sur le genou gauche de la Vierge, légèrement décalé par rapport à l’axe central. Il bénit de la main droite et tient de l’autre un livre, probablement les Écritures. Ce schéma iconographique, très répandu dans les Vierges gothiques du nord de l’Espagne, rompt partiellement avec la stricte symétrie romane.

Le parallèle le plus significatif est l’ancienne Vierge de la cathédrale Notre-Dame de la Huerta de Tarazona. Cette œuvre, étudiée par Samuel García Lasheras, présente un schéma très proche dans la composition et la polychromie. Ce rapprochement permet de situer notre sculpture dans l’Aragon occidental, probablement dans la région de Tarazona, zone de contact entre Aragon, Navarre et Rioja, autour de 1300. On peut également citer, parmi les œuvres en rapport, la Vierge à l’Enfant conservée au Metropolitan Museum of Art, New York, inv. 53.67.
Dossier complet et étude sur demande.
Ouvrages consultés :
· La antigua titular de la catedral de Nuestra Señora de La Huerta de Tarazona (Zaragoza) y la difusión de los modelos en la imaginería gótica mariana en Aragón, Samuel García Lasheras in Turiaso, ISSN 0211-7207, Nº 24, 2018-2019.
· Imagerie médiévale mariale en Navarre, Fernández-Ladreda, Pampelune, 1989
· Museu Frederic Marès. Catàleg d’escultura i pintura medievals, edited by Francesca Español, and Joaquín Yarza Luaces, 1991.


Vierge à l'enfant — Aragon, vers 1300 Réf. 292
Sujet : Vierge à l'enfant
Matériau : bois polychrome
Dimensions : Hauteur 104cm.
Origine : Aragon, Espagne
Datation : vers 1300
Provenance : The Bass Museum inv. 63.82, Floride, USA
Condition : manques et reprises à la polychromie
Référence : 292

Cette importante Vierge à l'Enfant en bois sculpté et polychromé appartient au type des Vierges en majesté encore marqué par la frontalité romane, mais déjà profondément renouvelé par la sensibilité gothique qui se diffuse dans le nord de la péninsule Ibérique à la charnière des XIIIe et XIVe siècles.

Marie est représentée assise de face sur un trône massif, dans une attitude solennelle et hiératique. Cette frontalité, héritée des modèles romans de la Sedes Sapientiae, confère à l'image une forte présence cultuelle : la Vierge n'est pas seulement figurée comme mère du Christ, mais comme siège de la Sagesse divine. Toutefois, l'adoucissement du visage, le léger sourire, l'ovale régulier des traits et le traitement plus souple des volumes témoignent d'un langage déjà gothique.

La Vierge porte une haute couronne fleuronnée, dont la silhouette contribue à monumentaliser la figure. Un voile rouge encadre le visage et descend sur les épaules. La tunique bleue, ornée de motifs dorés, apparaît sous un ample manteau dont les plis retombent sur les genoux. Les vestiges de dorure, associés aux zones de bleu, de rouge et de carnations anciennes, donnent encore une idée de l'effet visuel originel de l'œuvre. La conservation d'une bonne partie de la polychromie primitive constitue un élément remarquable, car les sculptures de ce groupe ont souvent été repeintes, redorées ou profondément remaniées au cours des siècles.

L'Enfant est assis sur le genou gauche de sa Mère, légèrement décalé par rapport à l'axe central. Il bénit de la main droite et tient de l'autre un livre, probablement les Écritures. Ce schéma iconographique, très répandu dans les Vierges gothiques du nord de l'Espagne, rompt partiellement avec la stricte symétrie romane: le Christ n'est plus simplement posé frontalement au centre du giron maternel, mais déplacé latéralement, selon une disposition plus vivante et plus narrative.

Un élément particulièrement intéressant réside dans le trône, dont les montants latéraux présentent un décor peint ponctué de motifs blancs. Ce décor, à la fois géométrique et ornemental, renforce l'ancrage régional de l'œuvre dans une tradition ibérique septentrionale, notamment navarro-aragonaise. Le trône n'est pas ici un simple support: il participe à la construction visuelle de l'image, encadrant la figure sacrée et soulignant sa fonction liturgique.

L'ensemble se distingue par son équilibre entre archaïsme et modernité : archaïsme de la frontalité, de la composition stable et de la monumentalité dévotionnelle; modernité gothique dans l'humanisation des visages, la souplesse des plis et la recherche d'une présence plus douce. Cette tension est précisément caractéristique des Vierges produites dans l'aire de diffusion burgalo-navarro-riojane et reçues en Aragon autour de 1300.

L'étude de Samuel García Lasheras sur l'ancienne Vierge à l'enfant de la cathédrale de Tarazona rappelle que ces œuvres conservent souvent la solennité et la frontalité de l'iconographie traditionnelle tout en adoptant progressivement un traitement plus naturaliste des plis et une idéalisation gothique des traits.


Cette sculpture s'inscrit dans une grande famille de Vierges à l'Enfant assises, longtemps désignée comme le type « basco-navarro-riojan », mais aujourd'hui replacée dans un cadre plus large. Les dernières études tendent à situer l'origine de cette typologie dans un périmètre autour de Burgos, à partir duquel elle se serait diffusée dans une vaste zone du nord de la péninsule Ibérique: Castille, La Rioja, Pays basque, Navarre, Aragon, Catalogne et, plus ponctuellement, d'autres régions.

La chronologie générale de ce type s'étend du dernier tiers du XIIIe siècle au milieu du XIVe siècle, avec une phase de diffusion maximale entre les dernières décennies du XIIIe siècle et le premier quart du XIVe siècle. Cette fourchette convient particulièrement bien à la présente sculpture, que ses caractères formels permettent de situer autour de 1290-1310.

Le modèle se définit par plusieurs éléments récurrents: la Vierge assise frontalement sur un trône, l'Enfant placé sur le genou gauche, le maintien d'une certaine solennité, la présence d'un manteau ample, d'une tunique à encolure, d'une couronne haute et, dans les exemplaires les plus caractéristiques, d'un système de cordons ou de fermaux sur la poitrine. L'étude rappelle que ces Vierges sont généralement assises sur un trône simple, souvent sans dossier, orné de moulures et parfois de décors peints; l'Enfant est placé sur la jambe gauche de Marie, tandis que celle-ci pose la main sur son Fils.

La présente sculpture reprend plusieurs de ces traits essentiels: frontalité de Marie, Enfant sur le genou gauche, bénédiction, livre, couronne fleuronnée, trône peint, ample manteau et polychromie fastueuse. Elle appartient donc pleinement à cette tradition, tout en présentant des particularités qui invitent à la situer dans une zone de contact entre Navarre, Rioja et Aragon occidental.

L'étude de García Lasheras est particulièrement importante pour comprendre la diffusion de ce type en Aragon. Elle souligne que les images aragonaises de ce groupe sont étroitement liées aux exemplaires navarrais : certaines furent probablement importées depuis des ateliers navarrais, tandis que d'autres auraient pu être réalisées en Aragon par des imagiers venus de Navarre ou formés dans cette tradition. Cette remarque est essentielle pour notre œuvre: plutôt que de choisir de manière trop rigide entre « Navarre » et « Aragon », il paraît plus juste de parler d'une production de la sphère navarro-aragonaise, probablement située dans l'Aragon occidental ou dans la région de Tarazona.

Cette zone géographique est décisive. Les territoires des Cinco Villas et du diocèse de Tarazona entretenaient, au Moyen Âge, des liens constants avec la Navarre en raison de leur situation frontalière. García Lasheras insiste sur ces échanges artistiques et culturels continus entre les deux espaces. La sculpture étudiée ici doit probablement être comprise dans ce contexte : non comme une œuvre isolée, mais comme le témoignage d'un courant artistique transfrontalier, porté par des ateliers mobiles, des commandes ecclésiastiques et peut-être des formes de patronage aristocratique ou royal.

García Lasheras rappelle que nombre de ces Vierges furent remaniées ou repeintes, et que la polychromie actuelle correspond souvent à des interventions postérieures. Dans ce contexte, la conservation d'une part importante de la polychromie et surtout de la plastique d'origine constitue un argument de première importance, à la fois pour l'étude technique, l'appréciation esthétique et la valeur historique de la sculpture.


Le parallèle le plus significatif est l'ancienne Vierge titulaire de la cathédrale Notre-Dame de la Huerta de Tarazona, aujourd'hui connue sous l'invocation de Notre-Dame du Rosaire. Cette œuvre, étudiée par Samuel García Lasheras, présente un schéma très proche: Marie trônant, Enfant assis sur le genou gauche, frontalité solennelle, couronne, polychromie et traitement gothique des formes. Elle fut vénérée sur le maître-autel de la cathédrale depuis le début du XIVe siècle et peut être datée des premières décennies du XIVe siècle.

La proximité avec Tarazona est particulièrement convaincante, non seulement pour des raisons formelles, mais aussi géographiques. Tarazona se situe précisément dans cette zone de contact entre Aragon, Navarre et Rioja. La présente sculpture partage avec cette œuvre la même logique dévotionnelle: une Vierge monumentale, destinée à un espace sacré important, où la frontalité traditionnelle est adoucie par un langage gothique plus humain.

D'autres Vierges aragonaises permettent de mieux situer l'œuvre dans le corpus. García Lasheras cite notamment les sculptures de Zuera, Tauste, Yéqueda, Ejea de los Caballeros, Uncastillo, Villarroya de la Sierra, Berbegal, Sos del Rey Católico, Trasobares, Mianos et Borja. Ces œuvres illustrent la réception du modèle burgalais et navarrais en Aragon, avec des degrés variables de fidélité au type initial et des différences révélatrices d'ateliers ou de moments chronologiques distincts.

La Vierge de Tauste, haute de 110 cm, offre un parallèle de format particulièrement intéressant. Comme la présente sculpture, elle appartient à une catégorie d'images de grande présence, probablement liées à des contextes liturgiques importants. La Vierge de Zuera, quant à elle, est rapprochée des premiers développements du type et datée autour de 1300, en raison d'un traitement encore relativement anguleux mais déjà adouci des drapés. Ces comparaisons confirment que notre œuvre se situe dans un moment charnière, entre la fin du XIIIe siècle et les premières décennies du XIVe.

Les Vierges de Yéqueda, Ejea de los Caballeros, Uncastillo et Villarroya de la Sierra forment un autre groupe important. García Lasheras remarque que leurs ressemblances sont telles qu'elles pourraient provenir d'un même atelier, peut-être établi en territoire aragonais. Cette hypothèse est précieuse pour notre sculpture, car elle montre que l'Aragon occidental ne fut pas seulement une zone de réception passive de modèles navarrais ou castillans, mais put aussi accueillir des ateliers actifs, capables de produire localement des œuvres inspirées de ces modèles.

La Vierge de Berbegal, plus évoluée, appartient à une phase légèrement postérieure, située dans la troisième décennie du XIVe siècle, tandis que la Vierge de Sos del Rey Católico est datée entre 1320 et 1340. Par comparaison, la sculpture étudiée ici semble antérieure à ces développements plus tardifs: elle conserve une monumentalité plus archaïque, une frontalité plus affirmée et une densité plastique qui la rapprochent davantage des œuvres autour de 1300.

Enfin, les parallèles conservés hors d'Aragon, notamment dans l'aire navarro-riojane, au Metropolitan Museum of Art, au MAN et au Louvre confirment l'appartenance de cette sculpture à une famille largement diffusée, mais régionalement bien identifiable. Le rapprochement avec les exemples navarrais est pertinent pour le type général, mais le parallèle de Tarazona paraît plus opérant pour préciser l'origine : il permet de proposer une attribution à l'Aragon occidental, dans une sphère navarro-aragonaise, autour de 1290-1310.

Ainsi, cette Vierge à l'Enfant doit être comprise comme une œuvre importante de la diffusion gothique mariale dans le nord-est de la péninsule Ibérique. Par son format monumental, sa typologie, la richesse de sa polychromie préservée et sa proximité avec la Vierge de Tarazona, elle constitue un témoignage rare de la réception en Aragon occidental des grands modèles burgalo-navarro-riojans autour de 1300.


  • La antigua titular de la catedral de Nuestra Señora de La Huerta de Tarazona (Zaragoza) y la difusión de los modelos en la imaginería gótica mariana en Aragón, Samuel García Lasheras in Turiaso, ISSN 0211-7207, no 24, 2018-2019.
  • • Fernández-Ladreda, Imagerie médiévale mariale en Navarre, Pampelune, 1989.
  • • The Metropolitan Museum of Art. "Additions to the Collections, Eighty-Fourth Annual Report of the Trustees for the Year 1953." The Metropolitan Museum of Art Bulletin 13, no. 1 (Summer 1954). p. 21.
  • • Randall Jr., Richard H. "A Spanish Virgin and Child." The Metropolitan Museum of Art Bulletin, n.s., 13, no. 4 (December 1954). pp. 137-43.
  • • Museu Frederic Marès. Catàleg d'escultura i pintura medievals, edited by Francesca Español, and Joaquín Yarza Luaces. Fons del Museu Frederic Marès 1. Barcelona: Ajuntament de Barcelona, 1991. p. 239.
  • • Fernández-Ladreda Aguadé, Clara. "Algunas reflexiones en torno a las vírgenes del llamado tipo vasco-navarro-riojano." In Congreso internacional "La Catedral de León en la Edad Media": Actas. León: Universidad de León, 2004. p. 628, n. 29.
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